CHAPITRE XII

Borleias

Le commander Eldo Davip, capitaine du Lusankya, le plus grand vaisseau de la Nouvelle République engagé dans la défense de Borleias, entra dans l’ascenseur qui devait le conduire à la Galerie.

La Galerie, une coursive centrale, occupait toute la longueur du superdestroyer de la poupe à la proue. Elle n’était pas destinée à la circulation de piétons, le passage octogonal étant équipé d’un pont roulant dont la capacité permettait le transport d’équipements lourds. La largeur suffisait pour laisser une paire d’ailes X, commandées par des pilotes habiles, voler d’un bout à l’autre.

L’ascenseur s’étant arrêté, Eldo Davip tira de sa poche des lunettes de sécurité noires. Dès l’ouverture de la porte, cette précaution prenait tout son sens : en face, des mécaniciens étaient occupés à souder une section supplémentaire sur le dispositif qui emplissait et bloquait cette zone de la Galerie.

Son enveloppe était constituée de tôles de plusieurs mètres d’épaisseur. Une section d’une centaine de mètres de long, ouverte aux deux extrémités, présentait vers la proue un diamètre légèrement inférieur qui permettait un montage « chevauchant ».

Des ouvriers s’affairaient à souder les joints.

A l’intérieur, des câbles métalliques, tirés à travers de lourds anneaux, cheminaient en une configuration qui rappelait un tissage sophistiqué. Leur disposition et leurs tensions, contrôlées avec soin, n’assuraient pas seulement la rectitude et la solidité de l’enveloppe sur sa longueur. Dès qu’ils étaient en place, des conteneurs de la taille d’un petit cargo étaient installés au milieu, soutenus par d’autres câbles. Ils étaient pleins d’instruments réglés avec la plus grande précision.

Le dispositif dissimulé dans cette galerie occupait à présent un tiers de la longueur du Lusankya. Les capteurs visuels étaient incapables de détecter sa fabrication. Et même dans ce cas, les stratèges les plus ingénieux n’auraient su prédire son utilisation.

Eldo Davip soupira. Cette utilisation sonnerait le glas du commandement le plus prestigieux qu’on lui avait jamais confié. Mais le prestige ne signifierait rien si les Yuuzhan Vong gagnaient. Du coup, il suivait la fabrication du dispositif en souhaitant que tout se passe au mieux.

 

Sur la planète, au deuxième étage du bâtiment de biotique, le capitaine Yakown Reth posa sans douceur son plateau-repas sur une table et s’assit lourdement. Il ne faisait aucun effort pour cacher sa mauvaise humeur.

En face, le lieutenant Diss Ti’wyn – le Lune Noire Deux de l’escadron de Reth – lissa sa fourrure sur la nuque. Avec son pelage brun aux reflets dorés, Diss était un Bothan très séduisant selon les critères de sa race et ceux des humains. Il attirait toujours l’attention dans les réunions mondaines…

— Qui a baissé ta combinaison de vol pour te mordre la fesse ?

Amusé malgré lui, Reth grogna :

— Nous avons de vrais problèmes ici, sur Borleias.

— Non, tu crois ? (Ti’wyn joua les étonnés.) Je pensais que nous gagnions.

— Arrête ton char ! Je voulais dire : des problèmes plus graves qu’être assiégés par un ennemi supérieur en nombre et être voués à une mort certaine.

Le Bothan piqua sur sa fourchette une tranche d’un solide fruit local et la mit dans la bouche.

— As-tu commandé tes funérailles ?

— Ne parle pas la bouche pleine. Non, Diss, je ne plaisante pas. (Reth baissa le ton pour ne pas être entendu de la table voisine.) Je crois que nous avons de vrais problèmes au niveau du commandement.

— Le général Antilles ? Il a une formidable réputation.

— Patience ! Tu sais qui commande le Lusankya ?

— Eldo Davip.

— Un nul de premier ordre, s’il en est.

— Certes… Mais il s’est bien débrouillé pendant la grande offensive vong il y a quelques semaines.

— De la veine, simplement ! Quoi qu’il en soit, Ninora Birt a accompagné une navette jusqu’à la station de réparation du Lusankya. Elle m’a raconté que les réparations se passent mal. Des batteries entières de turbolasers et de canons ioniques sont toujours hors service. Je n’ai pas eu l’impression que le Lusankya avait subi des dégâts aussi graves lors du dernier combat. Et toi ?

— Non, en effet…

— Ce qui laisse supposer une très mauvaise gestion de Davip. Soit le général Antilles l’ignore, soit il n’y a pas remédié. Les deux hypothèses ne nous disent rien qui vaille au sujet de ses capacités.

Ti’wyn haussa les épaules, mais sa gaieté s’était évanouie.

— Et ce n’est que le commencement. Te souviens-tu de la visite ici du Conseil consultatif ?

— Une visite très discrète. Une réunion avec Antilles et son équipe, puis tout le monde est reparti !

— Un mécanicien qui vient d’être transféré à l’Escadron Lune Noire s’est trouvé dans le hall quand ils sont partis. Selon lui, le conseiller Pwœ, furieux, clamait qu’Antilles a d’abord refusé de prendre le commandement de Borleias, et l’a accepté quand le Conseil a cédé à toutes ses exigences.

— Quelles exigences ?

— Je ne sais pas. Quelles exigences présenterais-tu ?

— Un voilier de plaisance, une entrée à vie dans l'Aventurier Errant…

Reth regarda son assiette où une tranche du saucisson local nageait dans une sauce épicée… Cette vision lui coupa l’appétit autant que son discours.

— Arrête de dire des bêtises. Il y a aussi cette histoire de Jaina Solo.

— Nous devons toujours faire un tour d’honneur parce que son escadron est le premier à obtenir l’autorisation d’atterrir… confirma Ti’wyn.

— Ses pilotes et elles bénéficient d’un traitement spécial. Ils ont un accès prioritaire aux pièces de rechange, aux cuves bacta, aux chargements de torpilles à photons, aux réparateurs et aux astromecs… En as-tu jamais vu un qui mangeait ici ?

Reth désigna le mess surpeuplé, mal odorant et bruyant.

— Non, jamais.

— Ils ont un salon privé, et selon la rumeur, c’est le chef cuisinier du Rêve Rebelle qui leur fait la popote.

— L’ancien vaisseau de sa mère ?

— Oui, l’ancien vaisseau de sa mère ! L’Escadron Soleils Jumeaux n’a pas accompli plus d’exploits que le Lune Noire, et il ne sait rien faire dont nous ne soyons pas capables. La seule différence, c’est le nom des parents de Jaina et de certains de ses hommes.

— Calme-toi, Yak. Il y a certainement une raison politique. Avec la politique, rien ne marche bien. Mais sans elle, rien ne marche tout court.

— Oui, admit Reth à contrecœur, mais ça me fiche hors de moi. Et je dois mettre en doute la compétence du général Antilles.

— Baisse le ton, veux-tu. Tu cries comme si tu t’entraînais pour une mutinerie.

— Je ne vise rien de tel, assura Reth. J’essaie simplement de savoir si je dois demander un transfert dans un des autres escadrons de la flotte. Rien n’est décidé. Si tu entends des choses allant dans le sens de ce dont je viens de parler… Enfin, ouvre tes deux esgourdes !

— C’est quelque chose que je fais toujours, affirma Ti’wyn en agitant ses oreilles bothannes surdimensionnées.

Transporteur Fu’ulanh, orbite de Coruscant

Une capuche sur la tête, pour ne pas trahir son appartenance à la caste des modeleurs, Nen Yim entra derrière Tsavong Lah dans la langue du ganadote.

Ces créatures immobiles, nées sous la forme d’une coque plate, longue d’environ cinq pas et large d’un, étaient à l’origine un tube digestif qui donnait sur des compartiments stomacaux latéraux, une bouche et un anus.

Arrivés à maturité et entraînés selon les désirs de leurs maîtres, les ganadotes devenaient des portails d’accès et des postes d’observation très utiles. Leur nourriture, des carapaces d’insectes et des déchets alimentaires, était introduite par des serviteurs dans leurs estomacs. Si on utilisait des hormones judicieusement choisies pour modifier les dimensions des ganadotes, ils pouvaient être transformés en sas sphériques ou munis d’un dôme. Le tissu interne de leurs « boyaux » était d’un beau violet. Un régime approprié garantissait que la défécation reste un événement rare et peu gênant.

Mais c’était sa langue qui faisait du ganadote un ouvrage architectural si ravissant. Pour un utilisateur avisé, il était facile de la déplacer, de la faire monter et descendre, ou de positionner sa pointe à n’importe quel endroit du corps de la créature.

Tsavong Lah était un expert. Quand Nen Yim eut pris place dans la salle, il força la langue du ganadote à se tendre au-dessus de la grande salle, au centre de son vaisseau vivant, puis à le porter, en surplomb de la foule, jusqu’aux feuilles fibreuses qui obstruaient l’extrémité opposée de la salle.

Le maître de guerre abaissa sa capuche d’un geste impérial.

— Prêtres et modeleurs, fervents du grand dieu Yun-Yuuzhan, je vous salue et vous souhaite la bienvenue. Bientôt, vous serez emmenés sur Borleias, où mon père, Czulkang Lah, accule les infidèles au découragement et à la défaite.

L’auditoire, une trentaine de modeleurs et de prêtres de Yun-Yuuzhan, en proportion égale, se fendit d’un concert d’approbation et de célébration.

Nen Yim reconnut une grande partie des Vong présents, dont le modeleur Ghithra Dal, qu’elle avait accusé de malversations, et Takhaff Uul, le prêtre qu’on voyait en sa compagnie depuis plusieurs semaines.

— Comme vous le savez, dit Tsavong Lah, vous prendrez possession de Borleias dès qu’elle tombera. Ce monde riche et verdoyant, presque exempt de contamination par les infidèles, sera votre récompense pour avoir servi les dieux, et les Yuuzhan Vong. Il reviendra à moitié aux prêtres, et à moitié aux modeleurs, tous réunis dans l’adoration de Yun-Yuuzhan. Pour le revendiquer, il vous suffira d’y ériger vos magnifiques temples, ou vos Domaines élaborés selon les plus beaux principes architecturaux.

« Malheureusement, vous n’y parviendrez pas.

C’était le signal du début de la vengeance du maître de guerre : quelques mots lancés calmement.

— Je me réjouis de m’éveiller bientôt tous les matins sans être accablé par l’odeur de la décomposition de ma propre chair. Je me réjouis de me lever bientôt tous les matins avec la certitude de ne pas avoir mécontenté les dieux – mais seulement quelques prêtres et modeleurs scélérats qui ont osé détourner leur volonté.

La voix de Tsavong Lah ressemblait au grondement du tonnerre. Nen Yim vit son dos musclé trembler d’émotion.

— Je me réjouis de n’être bientôt plus entouré que de personnes unies par leur haine des infidèles, pas par la perspective de ce qu’elles pourraient obtenir aux dépens des autres. Bref, je suis ravi à l’idée que vous ne serez bientôt plus rien.

— Non, maître de guerre !

La voix était celle du prêtre Takhaff Uul, très jeune pour son poste et ambitieux au-delà du raisonnable.

— La trahison dont vous parlez n’a pas eu lieu. Vous ne devez pas y croire. Seule la véritable foi en Yun-Yuuzhan peut sauver votre bras et vous épargner la compagnie des Honteux.

— Certains disent que la confiance est une question de foi, répliqua Tsavong Lah. Je prétends qu’elle est une affaire de savoir et d’observation. Trouvez quelqu’un qui est digne de confiance, et la confiance naîtra. Trouvez quelqu’un qui ne l’est pas, et elle ne viendra pas. Mais je vous laisse une chance de vivre. Takhaff Uul, avez-vous foi en nos dieux ?

— J’ai foi en eux !

— Ont-ils confiance en vous ?

— Comment ? Je ne comprends pas…

— S’ils ont confiance en vous, persuadés que vos motivations sont pures, ils vous sauveront, j’en suis certain…

Le maître de guerre leva son bras terminé par la pince radank, le pointant sur les énormes feuilles qui fermaient la salle.

Le signal pour Nen Yim… Sous ses robes, elle caressa une minuscule réplique de l’immense plante afin qu’elle agisse.

Une brèche de quatre fois la taille d’un guerrier s’ouvrit dans le mur végétal.

Un reniflement monta de l’ouverture, puis se transforma en un grondement sourd.

Une créature apparut.

Comme un Yuuzhan Vong, elle avait deux bras et deux jambes. Mais c’était l’unique ressemblance… Des muscles durs et tendus supportaient sans peine le poids impressionnant du monstre qui remplissait toute la brèche. Outre d’énormes crocs, il arborait de longues défenses. Voyant les Yuuzhan Vong réunis dans la salle, il frémit, le regard vorace.

— C’est un rancor, expliqua Tsavong Lah. Un animal originaire de cette galaxie, car vous ne méritez pas une mort honorable sous les coups d’une de nos armes vivantes. Lorsque vous périrez, ce ne sera pas comme des combattants, mais comme du bétail, pour apaiser l’appétit de la bête.

— Et que se passera-t-il si nous le tuons ? demanda Ghithra Dal.

— Dans ce cas, vous vivrez plus longtemps. Un peu plus longtemps.

De l’ouverture sortit un autre rancor, suivi d’un troisième et d’un quatrième. Ils avancèrent le long des murs, encerclant leurs appétissantes petites proies.

D’un geste, Tsavong Lah fit se rétracter la langue du ganadote pour les ramener, Nen Yim et lui, dans le havre sûr de sa bouche. Pendant que les premiers cris retentirent, des craquements d’os broyés montant de la salle, le maître de guerre et la modeleuse se détournèrent de la scène du festin et prirent le chemin du retour.

— Maître de guerre, puis-je poser deux questions ?

— Vous pouvez.

Sortant de la bouche du ganadote, ils s’engagèrent dans un large couloir bleu-sang où les gardes personnels de Tsavong Lah les rejoignirent, restant cependant à distance respectueuse.

— Primo, n’y aura-t-il pas de protestations de la part des prêtres de Yun-Yuuzhan et des modeleurs ?

— Bien sûr qu’ils protesteront ! Ils demanderont réparation. Quand ils sauront que leur transporteur a été attaqué par des pilotes de Borleias et que tous les passagers ont été massacrés, ces maudits crieront vengeance.

Nen Yim marchait en silence, consciente que cette réponse la condamnait aussi.

— Secundo, ne devrais-je pas les accompagner ? Ou avez-vous prévu une autre mort pour moi ?

— Je ne peux pas vous tuer, car vous m’êtes envoyée par le Seigneur Suprême Shimmra. Par ailleurs, je n’ai aucune raison de vous en vouloir.

Ils étaient arrivés dans le sas stomacal où attendait le transporteur personnel de Tsavong Lah. Le mur en forme de paupière était fermé pour maintenir intacte l’atmosphère de la salle. Ensemble, ils gravirent la rampe pour gagner le « compartiment passagers » de la créature.

— Nen Yim, je suis content de vous. Avez-vous l’intention de raconter ce qui vient de se passer ? D’attiser la haine contre moi ?

— Non, maître de guerre.

— Si vous le faisiez, que se passerait-il ?

La modeleuse réfléchit à la question pendant qu’elle s’installait sur son siège. La surface charnue entoura sa taille, son torse et ses bras pour la protéger des effets de l’accélération imminente.

— La seule raison d’agir de la sorte serait de vous causer du tort. Mais ça reviendrait à jouer la parole d’un modeleur discrédité contre celle d’un maître de guerre. Et je mourrais avant d’avoir pu produire des preuves.

— Quel gâchis ce serait ! Votre intelligence, si vous l’exercez à notre service, compensera largement la perte de Ghithra Dal et de ses conspirateurs. Le ferez-vous ?

— Oui, maître de guerre.

Nen Yim n’hésita pas une seconde. Tsavong avait dit notre service. Pour elle, cela désignait les Yuuzhan Vong dans leur ensemble, pas lui seul. Elle pouvait donc adhérer de tout son cœur à cette déclaration.

— Dans un proche avenir, le vaisseau-semence retournera sur ce monde et accomplira sa transformation. Je voudrais que vous alliez chez le seigneur Shimmra pour étudier le cerveau-monde. Je ne vous demande pas de mécontenter les dieux… mais de découvrir les connaissances qu’ils nous autorisent à posséder.

— Je le ferai, maître de guerre.

— Alors, ne parlez plus de votre mort. Elle se produira quand le moment sera venu. Et il n’est pas encore venu.

Coruscant

Baljos Arnjak commençait à avoir l’air vongoformé. Sa barbe et sa moustache poussaient en tout sens, ressemblant de plus en plus à une forme de vie rebelle étrangère à l’ancien Centre Impérial. Sa combinaison orange était constellée de taches, dont certaines pouvaient être des lichens vivants.

Mais ces changements, et l’étrange vie du petit groupe, lui convenaient apparemment à merveille : les yeux brillants, il faisait montre d’un enthousiasme communicatif.

— Venez, venez, entrez tous !

Le scientifique se tenait devant la porte de la salle qui contenait l’équipement de stase de Lord Nyax. Bhindi les y attendait, assise sur un tabouret.

— Dis-moi que tu as des renseignements à nous communiquer, fit Luke.

— J’ai des renseignements, répondit Baljos, très fier. Et je ne vais pas les garder pour moi, comme certains défenseurs de la galaxie… Allez, vous pouvez tous approcher.

— Ne te moque pas des Jedi ! lança Bhindi. Et ne te vante pas de découvertes que tu n’as pas faites. C’est moi qui ai retourné les tripes ravagées de ces machines pour en extraire des informations.

— Certes, ô noble fille des circuits. Mais ce n’est pas comme si tu avais été capable de les interpréter…

Baljos devait avoir capté une mimique impatiente chez un de ses compagnons, sans doute Tahiri, car il abandonna son ton badin.

— Nous pouvons vous raconter tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Lord Nyax. Et les détails que Bhindi n’a pas trouvés dans les circuits électroniques, nous les inventerons !

Luke s’appuya contre une console d’ordinateur, les bras croisés comme s’il voulait se protéger de ce qu’il allait entendre.

— Alors, qui est-il ? Dans quel but a-t-il été modifié ?

D’évidence, Baljos s’était attendu aux deux questions.

— Il est – ou était – un Jedi Obscur appelé Irek Ismaren.

— Ce n’est pas possible, fit Luke.

— Qui est Irek Ismaren ? demanda Tahiri.

Luke sortit son databloc d’une pochette accrochée à sa ceinture.

— Comme Baljos l’a dit, un Jedi Obscur… Le fils de l’Empereur ou d’un certain Sarcev Quest, et d’une femme appelée Roganda Ismaren. Cette folle avait modifié son fils à grand renfort d’implants informatiques. Leia l’a rencontré sur Belsavis, il y a une quinzaine d’années.

Le Maître Jedi ouvrit son databloc et consulta ses fichiers. Moins complets, bien sûr, que la banque de données qu’il conservait au quartier général secret de son Ordre, ils comprenaient une liste de tous les Jedi, Seigneurs de la Sith et personnes sensibles à la Force dont il avait trouvé trace lors de sa longue quête de connaissances sur l’Ordre.

En quelques secondes, il eut appelé le fichier pertinent, et un visage apparut sur le petit écran : des traits aristocratiques, beaux et élégants, mais inachevés à cause de leur jeunesse.

Le visage de Lord Nyax, quelques années plus tôt.

Blême, Luke montra l’image à Mara qui prit note des détails consignés sur la même page.

— Il devrait avoir environ trente ans à présent.

— Et une taille normale, ajouta Luke.

— N’était, continua Baljos, qu’il a passé la majeure partie de ces quinze ans dans une unité de stase. Physiquement, il est plus jeune que son âge chronologique. Ses processus vitaux ont été ralentis. Il a été soumis aux traitements médicaux, déjà mentionnés, qui ont fait pousser ses os au-delà de la normale et développé une masse musculaire capable de les supporter. Quand il était bébé, sa mère lui a fait poser un implant informatique dans le cerveau. Avec ça, il avait la concentration nécessaire – on pourrait parler de monomanie – pour apprendre à contrôler la Force beaucoup mieux que selon les normes de son âge. Cet implant semble toujours stimuler son cerveau d’une manière propice à la maîtrise de la Force. Il a été équipé d’armes de type sabre laser dont le mode d’utilisation reste gravé dans la partie ineffaçable de son implant cérébral…

— Comment est-ce possible ? coupa Luke fermant son databloc.

— Après avoir quitté Belsavis, sa mère et lui sont venus se cacher sur Coruscant, plus précisément dans les installations où nous sommes maintenant. Suivant de près ses progrès avec la Force, sa mère l’entraînait pour qu’il devienne le Jedi Obscur le plus puissant de l’univers et elle lui administrait des médicaments afin d’augmenter ses capacités physiques. Elle s’est également procuré les ysalamiris qui le dissimulaient tandis que sa présence dans la Force s’amplifiait.

— Puis quelque chose s’est passé, intervint Baljos. Les notes que nous avons découvertes ne sont pas très claires sur ce point. On dirait qu’ils ont trouvé et pris pour partenaire un autre Jedi Obscur. Mais, à un moment donné, Irek s’est querellé avec son compagnon et ils se sont battus en duel. Irek a tué l’autre Jedi Obscur, mais il a reçu un coup de sabre laser à la tête. Et il est mort aussi.

— Mort, répéta Luke.

— Techniquement mort, précisa Baljos. L’activité cérébrale s’est arrêtée. Mais sa mère et les droïds médicaux ont pu maintenir ses fonctions végétatives et garder son corps en vie. Le journal de Roganda, et ce n’est pas une surprise, est moins facile à comprendre à partir de là. Au fil des ans, elle est devenue de plus en plus cinglée. En tout cas, elle a conservé le corps en stase, et elle a obligé les droïds à continuer à ajouter des composants sophistiqués à l’implant informatique.

— Dans quel but ? demanda Luke.

— Je crois, dit Baljos, qu’elle a essayé de refaire son fils – une entreprise vouée à l’échec, puisque les parties du cerveau qui abritent la mémoire et les émotions moins violentes étaient carbonisées. Et elle le destinait à prendre la tête de l’Empire. Je vous le dis, elle était dingue ! Assez pour croire qu’il pourrait être l’Empereur Irek, un fils aimant, un Jedi Obscur et un tyran invincible – tout en un.

Luke et Mara se regardèrent. Sa femme ne laissait pas paraître ses sentiments, mais Luke les perçut dans la Force : du dégoût pour une mère qui avait imposé une telle boucherie à son enfant.

— Qu’est-il arrivé à Roganda Ismaren ? demanda le Maître Jedi.

— Le cadavre de femme que nous avons trouvé ici, c’était elle. Nous avons comparé des échantillons cellulaires aux données enregistrées. Il n’y a aucun doute sur son identité.

— Irek l’aurait tuée ? demanda Luke, incrédule.

— Il n’est plus Irek. Lord Nyax l’a tuée. Il ne l’a pas reconnue. Elle n’était rien de plus qu’une silhouette qui se dressait sur son chemin quand il est sorti de son compartiment. (Baljos hocha la tête.) Une sale affaire…

— A-t-il des faiblesses ? demanda Mara.

— Oh oui, fit Baljos avec un geste en direction de l’unité de stase. Il n’est pas mûr.

— Mûr…, répéta Luke.

— Un tremblement de terre a provoqué la chute de morceaux de plafond, tuant quelques-uns des ysalamiris et endommageant l’équipement. Du coup, il s’est réveillé, s’est précipité dehors, a tout saccagé, puis s’est enfui. Mais sa sortie n’était pas prévue avant deux ans. (Baljos désigna une des consoles.) Toute sa programmation opérationnelle est là, ainsi que les « souvenirs d’Irek » remaniés par Roganda, qu’elle voulait lui implanter. Ce transfert n’a pas pu se faire. Il a ses instincts, quelques routines de combat et certaines motivations profondes – comme chercher les Jedi et les tuer, localiser des points focaux de la Force et les contrôler, conquérir l’univers, enfin, vous voyez, des petites choses de ce genre. Mais il lui manque la mémoire, les facultés tactiques et même le langage. Je ne crois pas qu’il ait atteint le stade de l’expression verbale.

— Nous ne pourrons même pas lui parler, dit Tahiri, abattue. C’est sans doute une faiblesse, mais ça ne facilite pas notre démarche. Nous ne pourrons pas argumenter avec lui.

— Je crois qu’il ne me reste plus qu’une question.

Luke rangea son databloc et se prépara à entendre une autre mauvaise nouvelle.

— Existe-t-il une chance de le sauver ? Une possibilité de rédemption ? Devenir ami avec lui et lui montrer le Côté Lumineux ?

Soudain, même Baljos devint sérieux :

— Je ne crois pas. Pratiquement tout ce qui fait l'humain a été brûlé en lui. C’est simplement un prédateur dont l’objectif est la domination.

— Formidable, conclut Luke.

 

Viqi passait presque tout son temps dans la salle où le Triste Vérité était dissimulé. Sans être une technicienne avertie, elle s’y connaissait assez en mécanique pour se faire une idée précise des ressources à sa disposition – les mémoires informatiques du vaisseau l’aidaient beaucoup.

Le Triste Vérité, parfaitement capable de voler dans l’espace, était équipé d’un programme de diagnostic interne selon lequel tous les systèmes étaient opérationnels. Les réservoirs de carburant remplis, les batteries suffisaient pour assurer le démarrage. Elles fourniraient en plus de la lumière et de l’air frais.

Le problème venait du puits de décollage, car il s’était écroulé pendant les bombardements. Des morceaux de permabéton et de ferrobéton étaient tombés et des poutres métalliques s’étaient tordues. Des gravats s’accumulant dessus, les barres se déformaient jusqu’à former un bouchon inextricable.

Plusieurs étages au-dessus du hangar secret, Viqi avait trouvé la trappe d’accès. Visiblement, quelqu’un y avait travaillé, balayant les débris et enlevant des blocs de béton… Sans doute l’œuvre du joli garçon qui lui avait remis la télécommande.

Viqi avait aussi découvert son nom. Les ordinateurs du vaisseau contenaient des informations sur la famille propriétaire du Triste Vérité : Hasville et Adray Terson avaient fondé Terson Comfort Carriers, une société d’airtaxis, dont les véhicules étaient jadis omniprésents sur Coruscant. Viqi en avait même emprunté dans le cadre de ses activités secrètes au service des Yuuzhan Vong. Dans la galerie de photos numérisées, il y en avait une du fils Terson, Hasray, le garçon à la télécommande.

Une autre petite histoire triste, pensa Viqi. Elle s’attarda sur le sujet un moment. Mais elle ne put éprouver la tristesse. Au contraire, elle était ravie que le sacrifice du garçon lui ait permis de se sauver.

En dehors de l’étude des commandes et des diagrammes du vaisseau, Viqi consacrait son temps à s’alimenter et à se reposer. Parfois, elle sortait – avec prudence – pour travailler au dégagement du puits ou pour se détendre dans une petite pièce située plus loin dans le couloir.

Ce matin, elle venait d’en sortir et elle longeait le corridor avec circonspection, comme d’habitude. Aucun son ni mouvement ne la perturbèrent.

Soudain, quelque chose s’enroula autour de son cou, lui faisant perdre l’équilibre. Elle tomba sur le dos, leva les yeux et découvrit… le visage de Denua Ku.

Le guerrier tenait un bâton dont l’autre extrémité étranglait Viqi.

Ebahie, elle se souvint qu’il était mort. Il devait être mort, car il avait été tué dans l’usine à meubles. Et là, casque enlevé, il la dévisageait sans colère ni inquiétude.

— Levez-vous, ordonna-t-il, après avoir rengainé le bâton.

Viqi obéit, regagnant assez vite le contrôle de son expression, de ses mouvements et de sa respiration.

— Denua Ku… Je vous croyais mort.

— J’ai fui, admit le guerrier, amer. Mon devoir exigeait que je décrive à mon commandant ce que j’avais vu – le Jeedai géant. A présent, mes supérieurs sont informés, et je peux aller affronter cet être monstrueux… pour le tuer, ou être tué par lui. Mais pourquoi n’êtes-vous pas retournée auprès des Yuuzhan Vong pour rapporter les événements ?

La femme laissa filtrer une touche de mépris dans sa voix :

— Une humaine, toute seule, se baladant sur les toits pour attirer les coraux skippers ? Vous savez ce qui arrive ? Moi, oui : on m’a tiré dessus à deux reprises.

Un mensonge… Elle ne s’était jamais aventurée au sommet des immeubles. Mais elle avait vu les patrouilles de skips qui attaquaient tout ce qui pouvait ressembler à un habitant de Coruscant.

— Alors, vous êtes venue ici. Pourquoi ?

— J’ai connu les gens qui habitaient là. (Un autre mensonge, proféré sans état d’âme.) Hasville et Adray Terson, avec leur fils Hasray. Ils étaient riches, et je savais qu’ils conservaient de la nourriture dans leur appartement. Ainsi, je gagnais du temps pour trouver un moyen de retourner au vaisseau-monde sans me faire tuer. Comment m’avez-vous dénichée ?

Denua Ku passa la main sous son aisselle et en sortit un insecte rouge-sang de la taille d’un ongle de Viqi. Les ailes repliées sur son dos vibraient constamment, émettant un bourdonnement régulier.

— C’est un diptère chauve, expliqua le guerrier. A proximité d’un de ses congénères de la même couvée, il produit ce bruit, qui augmente de volume à mesure qu’il approche.

— Et puis ?

— Un de ses congénères de la même couvée est en vous.

— Quelque chose de cette taille en moi ? s’exclama Viqi, horrifiée.

— Non, il vous a été implanté dès son éclosion. Il ne pousse plus, et il ne vibre pas. Mais ses semblables le détectent.

— J’en suis… reconnaissante. Il vous a permis de me retrouver.

Denua Ku ne broncha pas. Gobait-il les mensonges de Viqi ? Impossible à dire…

— Maintenant, vous pourrez retourner dans le vaisseau-monde.

— J’en suis enchantée.

— Quand nous aurons tué le Jeedai géant…

Cette remarque accabla Viqi, mais elle n’en laissa rien paraître.

— Vous voulez que je le tienne pendant que vous lui arrachez le cœur, c’est ça ?

Le guerrier s’essaya à sourire.

— Amusant. Ce que vous venez de dire, est-ce aussi drôle en basique que dans notre langue ?

— Si nos cultures ont une chose en commun, c’est l’ironie.

Denua Ku leva une main. D’autres Yuuzhan Vong apparurent, un groupe de vingt-cinq ou plus, d’après l’estimation de Viqi.

Ils étaient accompagnés d’un voxyn, l’air encore plus mal en point que le précédant. Ses écailles, d’un jaune maladif, manquaient par endroits. Apathique, la tête pendouillante, il n’essaya même pas de mordre le guerrier debout près de lui.

— Oh, dit Viqi, de mieux en mieux.

— Venez, fit Denua Ku en se dirigeant vers le prochain escalier de secours.

Viqi le suivit, souriante, mais l’esprit en ébullition.

Elle trouverait un moyen de leur fausser compagnie. Puis elle découvrirait le diptère chauve dans son corps, où qu’il soit. Dans sa poche, elle avait toujours le dispositif de repérage, et le Triste Vérité était bien caché et fermé. Elle parviendrait à revenir ici, elle débarrasserait le puits des décombres et prendrait son envol vers la liberté.

Si c’était possible, avant, elle s’assurerait que Denua Ku meure pour avoir osé la forcer à partir avec lui, alors que ses projets à elle étaient tellement plus importants.

Après tout, elle était une princesse-marchande de Kuat !

Derrière les lignes ennemies 2 - La résistance rebelle
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